19/05/2007

Le traître magnifique

Bernard Kouchner, traître magnifique

MOUTON,OLIVIER samedi 19 mai 2007, 09:27

Sa nomination au gouvernement Fillon comme ministre des Affaires étrangères est un tournant. Il incarne "ouverture" et "trahison". Un coup de maître de Sarkozy et un événement passionnément commenté, jusqu'en Belgique..

I l est l'incarnation suprême de l'ouverture voulue par le nouveau président français Nicolas Sarkozy. « Beau coup », se réjouissent les partisans de l'UMP. « Trahison », dénoncent les socialistes. Avec effet immédiat : « Il s'est exclu lui-même du PS », a annoncé son premier secrétaire, François Hollande. Bernard Kouchner réalise le rêve de sa vie : à bientôt 68 ans, il débarque au Quai d'Orsay pour prendre en main les Affaires étrangères de sa République. Il va y défendre ses idéaux. Mais pour y arriver, il a retourné sa veste.

Cet éternel candidat d'ouverture ultrapopulaire, un temps candidat à la présidentielle de 2007 avant de se ranger derrière la bannière Royal, a pourtant vilipendé le camp qu'il vient de rejoindre.

C'était en avril. Nicolas Sarkozy venait d'évoquer le caractère inné de la délinquance et de la pédophilie. « C'est une pente très dangereuse et surprenante, rétorquait Kouchner. Je ne soupçonne pas Nicolas Sarkozy de croire tout ce qu'il dit, heureusement. Mais c'est très dangereux, voire irresponsable. » Jusqu'à évoquer un homme « qui n'éprouve aucune honte à pêcher dans les eaux de l'extrême droite. »

Une surprise, alors, ce ralliement ? Pas vraiment. L'ancien secrétaire d'Etat à l'Action humanitaire et ex-ministre de la Santé peut être opportuniste quand il s'agit de servir ses idées. D'autant que le parti de son coeur n'a jamais donné suite à ses ambitions. Un PS qu'il critiquait souvent, parlant d'une gauche contenant « beaucoup d'archaïsmes ». Le 22 décembre 2006, il évoquait même une éventuelle participation à une équipe Sarkozy. Pour autant que ce soit « un gouvernement d'union nationale, dépassant les clivages habituels, une vraie équipe de France ». Ajoutant : « Il faut passer un cap difficile de cinq à dix ans, pour que notre pays retrouve son rang. » L'annonce d'une rupture sarkozienne a finalement séduit ce réformateur invétéré. La perspective de façonner le monde, aussi, même s'il s'agit d'un domaine réservé du chef de l'Etat. Il y a des complémentarités entre les deux hommes : fascination pour le devoir d'ingérence, atlantisme affirmé, conviction européenne... Même fascination pour le pouvoir des médias, aussi. Restent des divergences claires, notamment au sujet de la Turquie ou, dans un autre domaine, les équilibres au sein du couple prévention- sécurité... Bernard Kouchner a tranché. Ses anciens amis le brocardent. « On ne devient pas

socialiste avec François Mitterrand pour devenir sarkozyste avec Nicolas Sarkozy », grince François Hollande. « Il prend un risque face à son histoire », mettait en garde, dans Libération, le député vert Daniel Cohn-Bendit, un proche. « Kouchner a montré un atlantisme à géométrie variable, disait Rony Brauman, son successeur à la tête de Médecins sans frontières. Cette inconstance est préoccupante. » En Belgique, parmi ses anciens frères d'armes humanitaires passés à la politique, sa nomination fait jaser. « Je le déteste, c'est un opportuniste, s'exclame Pierre Galand, sénateur PS, longtemps président du Centre national de coopération au développement. Et je suis opposé depuis le début au principe de devoir d'ingérence. Cela va à l'encontre du droit humanitaire né de la Seconde Guerre mondiale. Il défend une conception atlantiste et néolibérale, celle qui a mené à la guerre contre l'Irak. » « C'est une grosse déception de voir Kouchner se mettre au service du domaine réservé du président Sarkozy, regrette Philippe Mahoux, sénateur PS et ancien de Médecins sans frontières. Ce n'est pas très glorieux. J'imagine mal que l'on puisse être de gauche et se mettre

au service d'un tel personnage. Les valeurs sont incompatibles. Et je n'ai pas la même vision que lui du devoir d'ingérence : à mes yeux, cela doit permettre d'aider les populations. » Au MR, le ton est fort différent. « Je me souviens que dans le premier article du Soir, quand j'ai commencé à faire de la politique en 1995, on m'avait baptisé le Kouchner belge », sourit Alain Destexhe, sénateur MR, ancien de MSF. Plus sérieusement : « C'est une bonne chose, pour lui comme pour la France. Leur politique étrangère devrait devenir moins cynique. Il va s'engager dans des domaines importants : l'Europe, mais aussi le Soudan. » « C'est plutôt une très bonne nouvelle, enchaîne le CDH Georges Dallemagne, ancien de MSF. J'espère que ce n'est pas seulement un coup tactique de Sarkozy avant les législatives. Kouchner a un parler vrai, des idées claires, il connaît bien la politique internationale. C'est un Européen convaincu, atlantiste par pragmatisme. Quant au devoir d'ingérence, je suis très attentif à ce principe. Nous devons regarder les crises pour les résoudre sans nous soucier du droit ni de la distance. Lui, il va faire quelque chose pour le Darfour. » Au fond de leurs yeux à tous, un rêve : arriver un jour au même stade que lui.   Source : http://www.lesoir.be/

10:56 Écrit par Lpv dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : politique, france, debauchage, s ego |  Facebook |