19/06/2006

Heureusement, il y avait des bières et du boudin noir...

Série (1/3) « L'arrière-boutique de l'extrême droite en Wallonie »

Les basses manoeuvres du FN au Pays de Charleroi

Le FN et LES PARTIS dissidents se mobilisent en Hainaut. Entre meetings sordides, porte-à-porte et marchandages.

HUGUES DORZÉE

mardi 13 juin 2006, 02:00

 

A u fond à gauche ! » Un « biker » vêtu d'un tee-shirt noir Rottweiler campe dans la rue des Communes. La chaussée est étroite et cabossée. Deux Harley tournent au ralenti. Les chiens « méchants » (sic) du voisin aboient à tue-tête. Il faut contourner deux grilles de chantier et rejoindre l'arrière-cour d'une maison privée. « Non au PS ! Les honnêtes gens savent pourquoi ! », lit-on sur une affiche signée FN.

Il est passé 20 heures, le vendredi 9 juin dernier. Nous sommes à Gouy-lez-piéton, au nord-est de Charleroi. Le Front national tient une réunion publique dans un hangar crasseux « généreusement prêté » par André, un « fidèle serviteur du parti ». Nous y assistons en toute discrétion. Sourire mielleux et bras de chemise, le président Féret accueille chaque militant un à un. Une table en « T » est dressée au milieu des machines-outils. L'air est poussiéreux. Les nappes sont en papier. Un tâcheron fait signer deux nouveaux adhérents. Il y a de la bière à volonté, des cendriers en coquille Saint-Jacques et des numéros du magazine populiste « Terre et Peuple »...

20 h 15, trois gros bras au bar discutent GPS, « sale rebeu » et « branlette espagnole » (sic). Le député wallon Petitjean arrive en berline. Féret s'entretient avec son valet local, Patrick Cocriamont. « Tout va bien ?  », Audrey Rorive, jupe serrée et chemisier rose, assure l'intendance.

L'auditoire du jour ? Des Carolos très modestes, des costauds forts en gueule, deux mémés venues avec leur yorkshire. Une centaine de militants, tout au plus... « Je ne vous l'apprends pas, il s'en passe des choses, à Charleroi... », crachote Féret dans une sono pourrie. Deux petites filles écoutent religieusement. Une bimbo en paillettes passe sous le hangar. Les mecs matent sans vergogne. Et le « chef » lance une diatribe décousue... Le PS, Olivier Chastel, la Carolingie et sa « misère durable »... Féret zappe, le parterre applaudit. Poliment. Sans passion. Condamné le 18 avril dernier pour incitation à la haine raciale à dix ans d'inéligibilité et à 250 heures de travaux d'intérêt général, le président du FN joue les martyrs, défiant effrontément la Justice : « Qu'ils me mettent en prison. Quoi qu'il m'en coûte, je continuerai ». Avant de promettre un « raz de marée » le 8 octobre : « Nous serons le premier parti à Charleroi. Engagez-vous, samedi, dimanche compris ! Le parti vous donnera tous les moyens nécessaires... ».

Dehors, les chiens aboient. Le sénateur Delacroix arrive en retard. Les bières n'en finissent pas de circuler. Le peuple frontiste écoute sans écouter. Les gros bras du fond ricanent grassement. Et Charles Petitjean monte à la « tribune » - un pupitre bancal sur roulettes flanqué de l'oriflamme FN. Humour démago, relents poujadistes, même manipulation du « petit peuple » : « Faites appel à vos amis, votre famille, vos voisins, clame, flatteur et débonnaire, l'ex-maïeur libéral de Pont-à-Celles. Les têtes de liste sont désignées, mais il faut les meubler ! ».

21 h 15, Delacroix prend le relais. En tapant sur la presse, accusée de « mensonges » et de « déni d'information ». En prédisant un « véritable changement » à Charleroi avec l'arrivée de Patrick Cocriamont.

Au micro, le protégé de Féret (« Mon Bruno Gollnisch ! ») ne se sent plus. Il se donne des airs de tribun : « Je ne suis pas Jésus superstar, je ne crois pas en la personne providentielle ! », avoue la future tête de liste sur Charleroi. « Le plus important, c'est vous ! Aidez-nous, tractez sur les marchés, portez fièrement nos valeurs », bredouille encore l'ex-membre du Front de la Jeunesse, bien connu pour ses thèses négationnistes et néonazies.

Cocriamont jouent les Monsieur Propre, promettant d'autres révélations relatives au PS « qui feront l'effet d'un nouveau 11 septembre » (sic). Avant d'enrober le parterre frontiste d'un « ce qui fait notre identité ? Appartenir à une terre, avoir des traditions, être du même sang ». Le tout dans un français lourd et haché... Au bar, trois moustachus affichent un air perplexe. Leurs femmes bayent aux corneilles. Une ado tatouée d'une « croix identitaire » distribue des oeufs durs. « Si vous n'avez pas de questions... », emballe d'une main de fer le président Féret.

Pas l'ombre d'un programme. Pas de débat. Pas de vote sur d'éventuelles listes électorales. Les leaders FN se lèvent. On remercie « André » pour le hangar. On présente en aparté la « candidate de La Louvière ». Mais l'intéressée est blême, hagarde, bien en mal d'entamer la moindre conversation de nature politique...

Les chiens d'à côté aboient toujours. Les langues se délient. Fielleuses, vulgaires, xénophobes. Un plateau de boudin circule avec d'autres bières. « Pas de porc, ma religion me l'interdit ! », ricane un homme en cinglet. Ses comparses pouffent d'un sourire trivial. L'un d'eux enchaîne : « Du Noir, bouffer du Noir. Enfin ! » L'air est vicié. Carrément glauque. Mais la soirée n'est pas terminée à Gouy-lez-Piéton. Le FN doit encore « meubler ses listes ». Sous le hangar, les ronds -de-jambe. Avec Féret à la manoeuvre, des bières et du boudin noir...

Source article : http://www.lesoir.be/

 

Le programme de la pensée nauséabonde se résume à de la bière pour le bon peuple !  Rien à dire de plus.  a+Lpv

15:23 Écrit par Lpv dans Nauséabond | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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