22/02/2006

Le Miroir

 

 

Le Miroir 

 

 

 

Un chanteur français bien connu utilisait dans une de ses chansons les mots suivant : « sur le rebord du monde… ».

François, lui, ne chante pas, il parle (parfois de trop) et dit, « sur le rebord du dépotoir il y a tant de gens à voir, où es-tu mon regard ? Bon Dieu ! Le miroir  ferme ses tiroirs ».

Le voici ce fameux miroir : de fait il à la particularité de posséder plusieurs tiroirs et souvent il arrive qu’il ne renvoie qu’une image ne permettant plus le regard imprégné de sentiments, émotions, révoltes, compassions.

 

François est intrigué par cet objet qui, dans un premier temps lui a semblé anodin.  Curiosité oblige, il s'attelle à l’observer.  Mais qu’est-ce donc pour un miroir ?

Tantôt il aperçoit son regard, tantôt il n’aperçoit qu’une seule image sans regard.

Il veut ouvrir les compartiments. Le premier est verrouillé,  il possède une ouverture avec code.  François devra ouvrir les autres pour posséder la combinaison du premier.

 

 

Au deuxième tiroir, François se met d’abord à sourire puis éclate de rire.  Il est dans le tiroir des certitudes rempli de photos de dignitaires religieux et de  politiciens nationaux et internationaux.  Par souci d’être « politiquement correct », François décide de garder toutes ces photos pour lui.  Il commence à se sentir mal à l’aise : « Pourtant moi, j’ai une certitude, celle de savoir que je ne sais pas ».  Néanmoins, est-ce une certitude ?  Il se détache de cette pensée, en se disant « ne te casse pas la tête, le reste est déjà tellement compliqué ».  

 

 

Troisième tiroir, un carrousel pour enfant.  A côté il y a une devinette. « Quelle est mon point commun avec le monde d’aujourd’hui ?

 

Voici que  François  pâlit.  Après une heure il se met à hurler toute sa révolte devant le miroir : les larmes qui coulent sur son visage deviennent de plus en plus grosses.  François vient  de trouver la solution à la devinette.

« Pourri tiroir, dit-il, quand je grandissais, l’enfant (qu’il espère toujours être) s’est aperçu que tout n’est pas des plus rose et qu’on lui cache beaucoup de chose…

Mais toi, tu me montres que les enfants se disputent dès le plus jeune âge pour  s’asseoir sur la plus belle voiture, dans l’avion…, tandis que le plus faible devra se contenter de ce qui reste, c’est-à-dire la bicyclette bricolée ou la trottinette sans sonnette.

 

François ferme avec brutalité la partie du meuble.

Il a découvert le tiroir qui entretien résolument le culte de la différence, avec toutes ses « castes ». 

 

 

 

Quatrième tiroir, une reproduction de la tour de Babel, avec à côte un beau parpaing.

 

« Qu’elle est belle, s’écrie François ! »

Elle ressemble un peu à la tour de refroidissement  d’une centrale nucléaire ». 

François y découvre notamment des juges sculptés avec leur balance.  Non pas sur un fronton comme en une cathédrale, mais à la place des gargouilles !  Le positionnement de ces « juges » livre une interprétation qui satisfait pleinement François.  En effet, il se dit  depuis longtemps déjà, que vouloir représenter les « juges » tout en haut, relève d’une hypocrisie.  Cela fait des lustres que l’être humain se considère  au-dessus de tout !

 

Là est une nouvelle cause du désarroi de François.

Mais que fait le parpaing dans tout cela ?

François sourit, puis, une fois de plus, son regard s’assombrit.

Après une longue méditation, François se dit : ce parpaing fait partie de la tour, néanmoins cette tour est loin d’être terminée.  Ce bloc, je vais le placer au-dessus de la tour, et je vais attendre le résultat.

Il a raison : le parpaing s’insère en parfaite harmonie avec la tour.  Il poursuit sa méditation : « Essayons de rester objectif ; la tour de Babel ne s’est pas construite d’elle-même.  Nous continuons de par notre non-action, à sa construction permanente.  Le seul et vrai problème est qu’elle grandit de plus en plus vite, que nous ne distinguons pas où elle pourrait s’arrêter».

 

François vient de découvrir le tiroir de la « surhumanité».

 

 

Cinquième et dernier tiroir, François découvre des cailloux dissimulant une photo de montagne.

 

François laisse son imagination travailler, il rêve…

Ah ! la montagne, le ski, les apéros, les filles.

Pas d’effort à fournir afin de rejoindre le sommet ; les remontées mécaniques travaillent pour nous.  Les cailloux, je les emporterai dans mes poches, ils me permettront de ne pas m’envoler à la première bourrasque.  Si le brouillard  surprenait, je pourrais toujours en semer derrière moi comme le faisait le Petit Poucet : ainsi ils me retrouveront, moi, François.

 

Soudainement l’imagination fait halte.  Il se reprend, regarde attentivement la photo.  Une voix intérieure       lui dit :

« Tu ne vois donc pas comment arriver au sommet »

François se met à réfléchir sereinement.  La nuit arrive, il décide d’aller dormir, il reviendra le lendemain.

 

Le jour suivant, François vient vers le miroir.  Il se met à dialoguer avec la photo.

« Les chemins pour atteindre ton sommet sont nombreux.  De  plus, parfois tu manges les hommes, tu les recouvres de ton manteau blanc, tu les fais dévisser alors qu’ils n’ont pas choisi le chemin le plus facile.

Lors de mes rares tentatives d’ascension, le chemin était parsemé d’embûches, de cailloux roulant sous ma semelle, me faisant tomber… »

 

La montagne répond :

-  François, tu n’étais pas bien renseigné sur le parcours, tu n’avais pas d’équipement adéquat…

Ne crois pas ceux qui te disent : c’est facile, tu as encore échoué…

Venir à moi est un chemin très long, avec des crevasses, des parois bien souvent insurmontables…

Ne crois pas que l’homme vient quand il le décide, laisse ces gens-là jacassé entre eux …

Sache-le, la majorité n’arrivera pas au sommet ; pour eux, je ne suis qu’une image et ils se leurrent.   La montagne, tu l’escalades tous les jours, tu tombes et reviens sur tes pas.  Moi, je suis dans ton ETRE, tu as beaucoup de chances de m’avoir trouvé et fait parler.

François ! Ne crains pas, continue ton chemin, si difficile soit-il ».

 

Il venait de découvrir le tiroir des chemins de la sagesse.

Notre ami découvre que pour emprunter le chemin de la sagesse il doit éliminer les tiroirs,  des certitudes, la culture de la différence ainsi que celui de la surhumanité.

 

François reprit la conversation avec la montagne :

- Dis-moi, crois-tu que l’homme s’est perdu en cherchant des raccourcis ?

 

- Le chemin n’a jamais été facile, mais, en voulant par défit, raccourcir le trajet, la route devient  dangereuse.  Tu sais, François, l’homme est aveugle et cela rend les accidents plus fréquents.  Dans la vie de tous les jours, vous avez des lois, un code de la route.  Le code de l’existence est présent depuis la nuit des temps.  Or, Il n’a cessé d’être bafoué, piétiné, renvoyé aux calanques grecques.  Le plus étrange pour moi, c’est que votre descendance subira INEVITABLEMENT votre mauvaise gestion : et cela, au  nom du « toujours plus de profits » et « conquêtes de pouvoirs », les deux allants trop souvent de paire.

 

- Si je te comprends bien, nous sommes mal engagés depuis très longtemps.  Tu crois qu’il y a encore une solution.

 

Après un long silence, la montagne dit :

- François, retourne ouvrir ton dernier tiroir.

 

Il s’exécute et retourne vers le dernier tiroir.  Le regard étant revenu, il  introduit le code par déduction et l’ouvre.  Il trouve de la terre, un verre d’eau, des photos d’enfants de toutes races et conditions se donnant la main autour d’un arbre.  François est ému et ne cesse de contempler l’intérieur de ce tiroir.  Son visage est rayonnant de joie et de bonheur. 

A l’intérieur, se trouvent des portraits de sages en méditation, ils ont la particularité commune d’avoir un sourire.  A côté, se

Il était redevenu heureux, après un long soupir, il se met à parler :

 

- J’espérais que l’espoir existait toujours.  Nous devons absolument former les jeunes et futures générations  à l’humilité.

Oui, ce tiroir est celui de l’humilité et c’est la clef pour un meilleur avenir. 

16:29 Écrit par Lpv dans Être citoyen... | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

A GENOUX Ne s'agenouiller devant aucun homme
Ne s'agenouiller devant rien ni personne
S'agenouiller pour devenir personne
S'agenouiller avant que le tocsin ne sonne

Avec quels genoux, me direz-vous
Dans la lumière, on manque de genoux
Comment prendre ses jambes à son cou
Il n'y a plus d'opérateur sur le coup

Humilité non plastifiée pour les amoureux
Arrogance qui déchire tous les yeux
Indifférence, personne n'est malheureux
Abstinence, montée de plaisir jusqu'au cieux

Dégrisé jusqu'à mourir de folle ivresse
Torrent qui ruisselle de caresses
Lac sur lequel resplendit l'allégresse
Humilité, la plus grande pretresse

Écrit par : gmc | 23/02/2006

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